Le bénéfice du passage en ligne pour les revues scientifiques est multiple mais nous n’exploitons pas encore assez le potentiel réticulaire de l’internet (l’hypertexte).
Je m’interroge ici en particulier sur la publication de dossiers thématiques, une pratique fréquente de certaines revues dans toutes les disciplines. Je m’en tiens à quelques exemples pris à des revues de géographie. Lorsque la revue Mappemonde est passée en ligne (en abandonnant la papier), elle a mis en avant la possibilité de publier désormais ses dossiers de manière progressive, en fonction des délais différenciés d’achèvement des articles qui les composent. Un dossier peut ainsi s’échelonner entre plusieurs numéros, sur plusieurs années. La revue Cybergeo pratique cela de manière encore plus radicale puisqu’elle a totalement renoncé à l’idée de numéro composé de plusieurs articles. Chaque article est un numéro à lui tout seul. Un sommaire des dossiers est aussi proposé.
A la revue Géocarrefour, nous restons largement fidèles à la logique des numéros thématiques. Comme nous publions en même temps sur papier et en ligne, nous maintenons l’unité temporelle de publication. D’ailleurs, sans avoir cette contrainte du papier, je constate que la revue EchoGéo reste aussi fidèle à ce modèle.
Mais d’une certaine manière, si l’Internet permet un accès plus aisé aux articles d’un dossier et à leur repérage individuel, on peut se demander si la valeur ajoutée liée à la construction d’un dossier, les mises en écho entre les articles, sont suffisamment exploitées et valorisées dans l’état actuel de notre pratique. En effet, si le lecteur du numéro papier est d’emblée confrontée à l’unité d’un dossier, cette unité n’est plus que difficilement perceptible lorsqu’on accède à une page internet. Dans notre revue elle se matérialise surtout par la figuration de la hiérarchie des dossiers. Mais par contre, il n’y a pas de liens méthodiques avec les autres textes du même dossier, sauf par les flèches qui renvoient seulement à un ordre de présentation…
L’article éditorial, véritable introduction, justifie et construit cette unité mais je me dis qu’il serait nécessaire que dès ce niveau, des liens explicites (y compris HTML) renvoient aux articles du dossier.
Une discussion avec Thérèse Saint-Julien, membre du conseil scientifique de notre revue, me conduit à approfondir ce point. Pour renforcer l’unité d’un dossier, il pourrait être judicieux qu’au niveau de chaque article, une éditorialisation particulière insère des liens vers les autres articles connexes du dossier. Mais cela pose la question de l’identité de ces rédacteurs. La rédaction doit-elle faire ce travail? L’éditeur scientifique? Mais le risque est que ces liens ne soient alors un peu artificiels et mal articulés avec l’article en question. Faut-il confier aux auteurs d’un dossier les autres articles de ce dernier et leur demander de se situer par rapport à eux? Mais cela constituerait une étape supplémentaire de travail et je ne suis pas certain que cela soit compatible avec nos contraintes de calendrier. Mais on pourrait imaginer, en se donnant davantage de temps, de réaliser un tel enrichissement. C’est d’ailleurs parfois possible lorsqu’on publie un dossier après un premier temps de discussions collectives. Mais cela suppose aussi de transformer nos pratiques d’évaluation. A Géocarrefour par exemple, nous sommes longtemps restés rétifs à l’idée de publier “tels quels” des dossiers issus de séminaires ou de colloques… pour éviter le risque d’une auto-publication.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Eric Verdeil (16 octobre 2009). Comment enrichir les dossiers thématiques des revues scientifiques en ligne? Rumor. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/tttd

