Je participe ces jours-ci à la sixième édition de l’école doctorale énergies recherche organisée par un consortium d’institutions scientifiques et industrielles (CNRS, ADEME, CEA, IFPEN…) à Roscoff au fin fonds du Finistère. Son objectif est de présenter à une soixantaine de doctorants de tous les domaines scientifiques un aperçu ou une forme de culture générale partagée sur les enjeux de l’énergie aujourd’hui. Parmi ces doctorants, environ 10% sont issus des SHS, dont plusieurs géographes ou aménageurs, mais aussi sociologue, politologue ou économiste. Un chiffre qui ne doit pas être mal interprété et comparé à 90% de sciences dures: les recherches sont extrêmement diversifiées tant sur le plan disciplinaire qu’entre le pôle recherche fondamentale et recherche appliquée, celle-ci étant sans doute prépondérante. Le dialogue se fait entre toutes ces disciplines.
Cette diversité est l’occasion de mettre en pratique un objectif central de ces éditions successives: un dialogue pluridisciplinaire qui se donne à entendre dans les leçons mais aussi et surtout les conversations de couloir ou lors des repas. Découvertes réciproques des thématiques, des manières de pratiquer la recherche, qui ne vont pas sans susciter des questionnements. Par exemple, les SHS doivent répondre de méthodes d’enquêtes quantitatives impossibles à “contrôler” et de ce fait suspectes d’être entachées d’idéologie. Nombre de recherches en sciences dures sont conçues, vues des SHS, dans une optique étroitement applicative et on se demande où est la part d’autonomie du chercheur dans la construction de son objet par rapport à son directeur et au commanditaire… Les méthodes de communication sont aussi fort différentes: on privilégie le poster, assez rares en SHS sauf peut être chez les géographes à la forte tradition graphique et, en séance plénière, des “clips” de 3 mn résumant le propos: très synthétique et efficace.
J’ai été invité pour parler des enjeux territoriaux dans le déploiement de la transition énergétique et notamment des énergies solaires, que j’ai présentés à partir de mes recherches en Tunisie et en Jordanie (voir ci-dessous ma présentation). Les autres leçons (voir le programme) font le point sur des questions d’actualité : le climat, l’eau, mais aussi des enjeux plus contestés et vivement débattus, comme la question de l’intermittence des énergies renouvelables et les possibilités d’intégration au réseau. Un grand débat : l’intermittence des différences sources renouvelables est-elle compensée par le foisonnement, c’est à dire la compensation entre des sources de production géographiquement dispersées? Conclusion: il n’y a pas de consensus sur ce point, et comme on pouvait s’y attendre, les points de vues sont très corrélés à la position dans le domaine, entre les chercheurs/industriels liés à l’industrie du photovoltaïque ou ceux défendant d’autres approches.

Ouvrage distribué aux participants
Parmi les autres sujets qui ont retenu mon attention, la filière dite Power to Gas consistant à transformer les surplus issus de la production des centrales électriques renouvelables en gaz (hydrogène ou méthane) en vue de le transporter ou de le stocker avant d’autres usages énergétiques (piles à combustion, autres usages industriels). Un domaine en plein développement donnant lieu à de multiples et passionnantes anticipations.
L’ouvrage L’énergie à découvert, publié l’an dernier par CNRS Editions et offert aux participants, présente de façon claire l’ensemble de ces questions.
Présentation:
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Eric Verdeil (28 mars 2014). Ecole Energies Recherches de Roscoff : pluridisciplinarité en pratique. Rumor. Consulté le 15 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/tu1q
